Livre des Juges

- Dans la Bible hébr. et gr., ce livre est désigné du nom des héros qu’elle présente. Le mot chophetim désigne moins des magistrats aux fonctions judiciaires que des dictateurs militaires, libérateurs (2.16), gouvernants et administrateurs. Parfois, leur autorité était limitée à quelques tribus.

- Auteur.

- Le livre des Juges, comme les autres livres historiques, est anonyme. Le Talmud l’attribue à Samuel. L’auteur-éditeur a certainement utilisé des documents très anciens, contemporains des événements (p. ex. ch. 5). Il en a fait une unité illustrant la leçon de toute cette période, leçon exposée en 2.11-3.6. Cette unité est marquée par les refrains revenant à chaque cycle et la structure de la matière autour de nombres sacrés (7 apostasies, 7 servitudes, 7 délivrances, 12 juges). La désignation d’un auteur éventuel dépend de la date assignée à la rédaction (v. Date). Cert. pensent que Samuel a rassemblé les documents, qui ont été élaborés et édités par l’un des prophètes de son école (Nathan, Gad ?).

- Date.

- La chronol. de cette époque troublée est difficile à établir. Elle dépend en grande partie de la date assignée à l’Exode. Celle-ci, à son tour, dépend de l’interprétation des 480 ans de 1R. 6.1 : littérale ou figurée (12 générations de 40 ans ?). Dans la chronol. longue adoptée par beaucoup d’auteurs évangéliques, la période des Juges s’étend de 1380 à 1050, ce qui laisse suffisamment de temps pour les diff. périodes mentionnées dans le livre. L’affirmation de Jephté (11.26) concorde avec cette hypothèse. En additionnant toutes les durées indiquées, on obtiendrait un total de 410 ans pour l’époque des Juges, mais cert. juges ont régné dans une ou plusieurs tribus en même temps que d’autres ailleurs.

- La date de rédaction du livre est déterminée par diff. indices internes. Le refrain, en ce temps-là, il n’y avait pas de roi en Israël (17.6 ; 18.1 ; 19.1 ; 21.25) suppose une composition au temps de la royauté, donc après 1050. D’autre part, la mention des Yebousiens-à Jérusalem (1.21, chassés par David en 1003), de Guézer (1.29, mise à sac en 970), du sanctuaire de Silo (18.30-31, abandonné après 1S. 6.21) a fait penser à une rédaction au début du règne de Saül (18.30 peut s’expliquer autrement que par une allusion à la captivité assyrienne). Ceux qui attribuent la rédaction du livre à Samuel et qui y voient un plaidoyer contre la royauté pensent que le prophète l’a rédigé avant l’établissement de la royauté, afin de décourager le peuple de s’engager dans cette voie. Cert. auteurs évangéliques (comme F. F. Bruce) renvoient la composition vers le milieu du 6e s., après la réforme de Josias. Les mentions citées ci-dessus auraient alors été laissées telles quelles, par respect des traditions, dans les documents utilisés. La plupart des critiques s’accordent à reconnaître la très grande ancienneté du cantique de Débora, composé à l’époque même des événements qu’il célèbre.

- La mention de la "déportation hors du pays" (18.30) a été interprétée par cert. comme une allusion aux ravages que Tiglath-Piléser opéra dans le N. #2Ki 15.29 ou à la déportation des 10 tribus après la chute de Samarie. Mais cela ne concorde pas avec la déclaration de Jug. 18.31, "pendant tout le temps que la maison de Dieu resta à Silo". De nomb. exégètes ont interprété l’expr. "captivité du pays" (v. 30) comme signif. la prise de l’arche par les Philistins, quand l’Eternel abandonna Silo ; cette opinion est appuyée par l’hypothèse d’Houbigant (1777), supposant que la dernière lettre de l’expr. "captivité du pays" a été altérée : le texte hébr. original aurait un noune (n) au lieu de tsadé (s), ce qui donnait alors "captivité de l’arche". Keil de son côté pense que c’est une allusion à une conquête du territoire des Danites du N. et à l’asservissement de sa population par ses voisins, les Syriens de Damas. En tous cas, ces hypothèses-là suscitent moins de problèmes que celle qui fait continuer jusqu’à la chute de Samarie le culte institué par Mika. L’expr. "de Dan à Beér-Chéba" #Jud 20.1 convenait, même au temps des Juges.

- Lieu.

- Le peuple est installé en Palestine. Il n’occupe pas encore tout le pays qui lui a été attribué. Une grande partie reste sous la domination des Philistins. Les découvertes archéologiques ont confirmé la vérité des détails géographiques et topographiques du livre.

- Contenu.

- Le livre raconte l’histoire d’Israël, de la mort de Josué à la naissance de Samuel, par une série de récits illustrant les thèses de l’auteur. Israël a vite oublié sa vocation de peuple de Dieu. Il s’est assimilé aux Cananéens, adoptant leurs coutumes, se tournant vers leurs dieux pour assurer la bénédiction à leurs familles, leurs troupeaux et leurs champs. L’Eternel est oublié. Après Josué, le livre de la victoire, de la liberté et du progrès, on tombe dans la défaite, l’esclavage et le déclin. Après la possession du pays, l’oppression par les gens du pays.

- Sept fois, nous retrouvons le même scénario : apostasie-servitude-appels à l’aide-libération (2.11-3.6). Sept nations païennes interviennent successivement pour punir les Israélites en les asservissant. L’Eternel accomplit envers eux les malédictions prévues lors de la conclusion de l’alliance en cas d’infidélité du peuple #Le 26.14-45 ; De 28.15-68

Références : Oppressés par : Pendant : Libérés par :

3.7-11 Le roi de Mésopotamie 8 ans Otniel

3.12-31 Moab, Ammonites, Amalécites, 18 ans Ehoud, Chamgar

Philistins

4-5 Yabîn, roi cananéen 20 ans Débora

6.1-8.32 Madianites 7 ans Gédéon

8.33-9.57 Abimélek, guerre civile 3 ans Une femme

10.1-5 ennemis non nommés 45 ans Tola, Yaïr

10.6-12 Ammonites 18 ans Jephté et autres

13-16 Philistins 40 ans Samson

- But.

- Ce livre veut tout d’abord montrer ce qui s’est passé entre Josué et Samuel ; cep., le but historique est subordonné au but spirituel : montrer que la désobéissance conduit à l’esclavage, l’apostasie au châtiment, mais que la repentance et la prière conditionnent la restauration. L’unité politique d’Israël dépend de son unité relig. : si le sanctuaire unique de l’Eternel est abandonné, le peuple disparaît, assimilé aux nations d’alentour (5.8-9, 16-18). Si l’auteur relève la colère de Dieu qui sanctionne le péché (2.11, 14) de l’homme foncièrement dépravé (2.19), il souligne avec autant de force sa patience et sa miséricorde inlassables qui, toujours à nouveau, interviennent en faveur des siens lorsqu’ils l’appellent au secours.

- Le refrain qui rappelle quatre fois que les désordres étaient liés à l’absence de roi en Israël veut pt-être susciter la reconnaissance du peuple pour l’ordre qui règne à présent grâce au roi donné par Dieu. Les appendices (ch. 17-24) qui contiennent le refrain "pas de roi en Israël" soulignent l’infidélité des Lévites et le rejet des Lévites par le peuple. Le rejet des Lévites (seule autorité religieuse citée dans le livre) implique le rejet de Dieu. "Pas de roi en Israël" signifie que Dieu, le roi, a été rejeté. Les vicissitudes de la monarchie même de droit divin lui feront attendre avec nostalgie le jour où le Roi Eternel prendra le gouvernement en main. Sous ce rapport, les diff. juges peuvent être considérés comme des préfigurations imparfaites, ô combien- du Libérateur Jésus-Christ qui viendra délivrer les siens de tous les jougs et instaurer son règne de justice. Si, sous bien des rapports, l’époque des Juges où chacun faisait ce qui lui semblait bon (17.6 ; 21.25) est une image du temps de l’Eglise, les mentions exceptionnellement nomb. de l’Esprit (3.10 ; 6.34 ; 11.29 ; 13.24 ; 14.6, 19 ; 15.14) sont comme la promesse d’une intervention divine proportionnée à l’ampleur des besoins.

- Samson qui, par bien des traits représente le peuple d’Israël (naissance miraculeuse, vocation, force prodigieuse due à Dieu, faiblesse réitérée devant la tentation, asservissement...), nous rappelle aussi que Dieu peut se servir d’instruments bien imparfaits pour l’accomplissement de ses desseins. Gédéon, la figure centrale du livre, nous enseigne que Dieu peut sauver avec de faibles moyens afin que toute gloire lui revienne.

- Plan.

- Le prologue rappelle le passé et constate qu’Israël a échoué dans la mission qui lui avait été confiée-le pays n’est ni conquis ni purifié (1.1-2.5). Il résume ensuite la manière dont Dieu a agi envers son peuple rebelle (2.6-13.6), introduisant les formules qui seront utilisées par la suite (2.11, 14).

- Le corps du livre est consacré aux diff. cycles : apostasie-oppression-délivrance avec 6 grands juges (Otniel, Ehoud, Débora, Gédéon, Jephté, Samson) et 6 moins importants.

- L’épilogue (17-21) insiste sur la dépravation relig. (17-18) et morale (19-21) qui caractérisait cette époque.

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